Dans un entretien exclusif accordé à la chaîne de télé Canal2 et qui sera diffusé demain dimanche à 19h heure du Cameroun, le désormais ancien sélectionneur des Lions indomptables n'est pas tendre avec les dirigeants du football camerounais et dénonce des pratiques qu'il croyait d'une autre époque.

« Pour ce qui concerne le match contre le Nigéria, il s'est passé des choses incroyables à ce niveau. Il est extraordinaire de changer le lieu et l'heure du match sans en informer le coach. De plus, le chauffeur de notre bus a été changé et le nouveau nous a fait tourner dans toute la ville (de 18h15 à 19h30) car ne connaissant ni le stade, ni l'entrée des véhicules. On m'avait pourtant garanti que même avec les bouchons, il ne nous faudrait pas plus de 30 minutes pour partir de notre hôtel pour le stade. De plus, deux jours avant cet incident vraisemblablement orchestré, je savais déjà qu'Alexandre Belinga me remplacerait. On l'en avait informé et on lui avait demandé de se taire. C'est pourquoi j'ai été très amusé d'abord quand M. Tombi a dit aux joueurs à Bruxelles que j'aurais désormais les mains libres et aussi quand le ministre m'a reçu pour me demander de préparer la double confrontation contre le Niger. Mon sort était scellé et je le savais », balance Volker Finke qui dit pourtant ne pas ressentir la moindre amertume.
Concernant son successeur, il pense que « Johnny » [Djonkep, Ndlr] a « plus de vécu et d'expérience qu'Alexandre [Belinga, Ndlr] et la logique aurait voulu que ce soit lui le principal. Néanmoins, les deux sont très compétents et ne sont en réalité pas faits pour être des adjoints. Ce sont des entraîneurs chevronnés et je leur souhaite bonne chance pour la suite ».

Joseph Owona et Tombi à Roko
Pour ce qui est des matches amicaux des Lions indomptables, Volker Finke est catégorique. « C'est Tombi à Roko qui négociait tous les matches amicaux, aidé en cela par un certain Jo Kamga qui n'est pas le plus compétent en la matière. Très souvent, rien n'était bouclé à l'avance et il y avait trop d'amateurisme. Je ne m'en mêlais pas car on m'avait bien signifié que mon rôle était d'aller jouer les matches qu'on me trouvait. Le seul match amical que j'ai personnellement négocié est celui contre l'Allemagne juste avant la Coupe du Monde et tout le monde a vu que cela s'était très bien passé. Tout avait été calé au poil près, jusqu'aux droits télé », s'est-il défendu.
Concernant les personnes avec qui il a eu à travailler au quotidien, Finke est là aussi très critique. « Joseph Owona a sans doute été un grand ministre qui a rendu de grands services au Cameroun, mais en matière de football, il n'y connait rien. Je dis bien rien du tout. Tombi à Roko c'est un homme d'affaires et tout comme Alexandre Ribeiro et Jo Kamga, ce n'est pas le Cameroun qui l'intéresse, mais plutôt ce qui va directement dans ses poches. Je n'ai jamais pris le moindre FCFA pour convoquer un joueur ou indûment pour un match amical. Au contraire, on m'en a souvent proposé et j'ai décliné. J'ai même parfois mis la main à la poche pour régler quelques problèmes de logistique. Tous les membres du staff et même les joueurs peuvent en témoigner. Mais la principale erreur de casting, la calamité dans tout ceci aura été quelqu'un dont je ne veux pas prononcer le nom [Pierre Claver Oyono, Ndlr]. Il a peut-être quelques qualités ou compétences en tant que gendarme, mais en matière de football, il est nul. Celui qui l'a nommé là n'a pas fait de bien aux Lions indomptables. Heureusement, il a vite été viré », a argué Volker Finke très remonté.
Et alors qu'on croit que le technicien allemand a vidé son sac, il sort LA bombe qui va faire parler pendant longtemps. « Lors de la Coupe du Monde au Brésil, sur les 23 joueurs retenus, il n'y en avait que 12 que j'avais sélectionnés. Les autres sont arrivés sous le couvert de différents parrains. Je n'ai pas voulu faire de problèmes et je suis resté tranquille. Mais il faut savoir qua chaque fois que je déposais mes listes à la Fécafoot, elles étaient sans cesse modifiées. Entre la liste que je déposais et celle qui était publiée, il y avait parfois de grosses différences. Après la Coupe du Monde, Les responsables de la Facafoot m'ont dit que certains joueurs, dont Alex Song et Samuel Eto'o, ne devaient plus être convoqués. Je n'étais pas d'accord mais on m'a dit que c'était comme ça. Pour la Can en Guinée équatoriale, j'ai insisté pour convoquer Alex Song mais à la Fécafoot on m'a fait comprendre qu'il fallait oublier cela », a-t-il laissé tomber.

Finke est au Portugal
S'il fait énormément de déclarations dans son entretien avec Bouba Ngomena de Canal2 International, Volker Finke confie également qu'il a été surpris d'apprendre qu'il avait entrepris d'écrire un livre pour fustiger le Cameroun et ses dirigeants. « Je n'ai jamais écrit, ni jamais eu l'intention d'écrire un quelconque livre », a-t-il tenu à dire.
L'Allemand a une grosse boule dans la gorge au moment d'évoquer son adjoint ghanéen Ibrahim Tanko. « J'ai décidé de l'emmener car au cours de mes recherches sur le Cameroun, j'ai découvert que le Cameroun avait une ethnie Haoussa, qui est l'ethnie d'Ibrahim Tanko. Je me suis dit qu'il serait plus facilement accepté ici grâce à cela, mais surtout à ses compétences. Mais au final, il aura été un véritable problème tellement les gens l'ont détesté dans ce pays », a déploré le technicien allemand.
Au final, Volker Finke qui était au Cameroun accompagné de trois avocats internationaux a bien l'intention de poursuivre le Cameroun et la Fécafoot pour « rupture abusive de contrat ». Et le technicien allemand s'explique. « Quand je suis arrivé au Cameroun mardi, j'ai trouvé qu'on m'avait viré cinq mois de salaire dans mon compte, représentant la période Mai-octobre. Pourtant, tous disent que mon contrat a expiré en mai dernier. Pourquoi me paye-t-on dans ce cas. Mon contrat a été tacitement reconduit de deux années et si la Cameroun ou la Fécafoot veulent un arrangement à l'amiable, j'attends qu'on me verse donc les 19 mois restants sur les 24 moins de contrat, en guise de prime de bonne séparation », a clamé Volker Finke.
Bouba Ngomena et Volker Finke au moment de l'enregistrement de l'Interview, le vendredi 6 novembre 2015

Bouba Ngomena et Volker Finke au moment de l'enregistrement de l'Interview, le vendredi 6 novembre 2015

L'interview qui dure 52 minutes sera diffusée demain dimanche à 19h sur les ondes de Canal2 International, malgré les tentatives des dirigeants de la Fécafoot qui veulent empêcher que les vérités de Volker Finke soient montrées aux Camerounais. Bouba Ngomena qui a réalisé l'interview au bord de la piscine de l'hôtel Mont Fébé à Yaoundé rassure quant à la courtoisie et le calme apparent du technicien allemand. Demain donc, en 52 minutes, Volker Finke dira sa part de vérité sur ses 29 mois à la tête des Lions indomptables. Chaud devant !!
Steve Djouguela

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